Diderot dramaturge et salonnier : théâtraliser la peinture / picturaliser le théâtre – Nadège LANGBOUR

Écrire sur l’art – Jeudi 15 octobre à 18h30 en amphi Paul Ricœur (B18 – 1er étage)

Nadège Langbour, Docteur en Lettres modernes, Université de Rouen

Nadège Langbour est professeur dans le secondaire et chercheur associé du CEREdI, le centre de recherche en littérature de l’Université de Rouen. Après avoir soutenu sa thèse en 2007 sur Diderot écrivain critique d’art, elle a poursuivi ses recherches sur les Salons de Diderot, élargissant son champ d’investigation aux autres écrits de Diderot, à l’Encyclopédie et à l’interaction entre les arts et la littérature au XVIIIe siècle.

On peut retrouver sa bio/bibliographie sur le site du CEREdI : http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/main/?nadege-langbour.html.

Résumé de la communication 

S1 - Critique d'art - Nadège LangbourDe 1759 à 1781, Diderot écrit neuf Salons pour la Correspondance littéraire de Grimm. Souhaitant varier les méthodes pour décrire les tableaux qu’il commente, il use régulièrement de l’écriture théâtrale dans sa critique d’art, donnant la parole aux figures peintes et les mettant en scène pour ses lecteurs. Des commentaires de tableaux comme La jeune fille qui pleure son oiseau mort de Greuze se transforment alors en scène de comédie bourgeoise tandis que d’autres tableaux se meuvent en tragédie, l’exemple le plus flagrant étant sans conteste les pages du Salon de 1765 consacrées au Grand prêtre Corésus se sacrifiant pour sauver Callirhoé. En effet, ce tableau de Fragonard constitue le « cinquième acte » d’une tragédie inventée par Diderot qui écrit alors les quatre actes antérieurs, explicitant l’enchaînement fatal des événements menant au suicide du prêtre.

Ainsi, si Diderot fulmine lorsqu’un peintre s’inspire du théâtre pour réaliser une toile (la critique acerbe de La Clairon en Médée de Van Loo le prouve), il se plaît en revanche à théâtraliser les peintures de genre et les peintures d’histoire qu’il apprécie. Parallèlement, dans ses réflexions sur le théâtre (Entretiens sur le Fils naturel, Discours sur la poésie dramatique, Paradoxe sur le comédien), notre auteur invite les dramaturges et les acteurs à s’inspirer de la peinture pour renouveler le genre dramatique, prônant notamment une pantomime expressive et la mise en place de tableaux vivants sur la scène.

Les pratiques d’écriture de Diderot salonnier et dramaturge témoignent donc d’une interdépendance entre les arts et le théâtre que nous nous proposons d’étudier dans le cadre des Jeudis de l’art.

Éléments de bibliographie

Diderot, écrivain critique d’art – L’initiation artistique de Diderot avant 1759 et l’écriture des Salons, Presses académiques francophones, 2014, 656 pages. ISBN: 978-3-8381-4612-6

« Diderot, Chardin et le paradoxe de la nature morte», CAHIER ERTA n°6 (revue polonaise à comité de lecture), 2014 : ejournals.eu/pliki/art/3849/, publié dans Nature morte, Cahiers ERTA n°6, Wydawnictwo Uniwersytetu Gdanskiego, 2014, pp. 11-21, ISSN : 2300-4681.

« J’aime mieux la rusticité que la mignardise, Diderot contre le raffinement de Watteau », article écrit en collaboration avec Sylviane Albertan-Coppola, in Watteau au confluent des arts, études réunies par Carine Barbafieri et Chris Rauseo, Presses Universitaires de Valenciennes, Valenciennes, 2009, ISBN : 2-905725-90-7 (pp. 183-195)