Génie et maladie dans l’art : la critique de Camille Mauclair dans l’entre-deux-guerres – Katia PAPANDREOPOULOU

Écrire sur l’art – Jeudi 15 octobre à 18h30 en amphi Paul Ricœur (B18 – 1er étage)

Katia Papandreopoulou, Docteur en Histoire de l’art, Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Katia Papandreopoulou est docteur en histoire de l’art contemporain à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne. En 2013 elle a soutenu sa thèse titrée Camille Mauclair (1872-1945), critique et historien de l’art. Une leçon de nationalisme pictural. Ses recherches portent sur la critique d’art, le nationalisme, l’histoire des intellectuels dans l’entre-deux-guerres. Elle est également intéressée à l’histoire des expositions et leur réception. De 2009 à 2011 elle a assisté le commissariat pour l’exposition Odilon Redon, Prince du Rêve (Paris, Grand Palais 2011).

Résumé de la communication 

S1 - Critique d'art - katia PapandreopoulouLe critique Camille Mauclair (1872-1945) a pris parti pour la diffusion d’un concept de l’art français, face au système en constante transformation du marché de l’art moderne. Il s’est pleinement engagé dans la recherche de la révélation d’un art national, qui sera souvent liée aux deux concepts de « génie national» et de «génie artistique». Avec l’avènement de la vague nationaliste au XIXe siècle et les débuts du XXe siècle, la notion du génie revêt une forme plus dangereuse, en faisant appel non plus à la norme mais à l’exception. C’est sur l’individu « hors de la norme » que Mauclair a bâti sa conception d’une histoire de l’art basée sur les excentricités. Au long de la période de l’entre-deux-guerres, il est très intéressant d’observer comment une partie de l’histoire de l’art interprète le mal sociétal comme le reflet du trouble psychique et biologique des individus et de l’artiste. Cette approche qui se situe entre psychologie, métaphysique et physiologie initiée par Gabriel Séailles, devient un outil interprétatif idéal pour Camille Mauclair comme en témoignent ses études sur Antoine Watteau et El Greco. La prédilection pour la maladie, la folie ou l’excentricité, thèmes que le critique a su explorer en leur attribuant des caractéristiques pseudo-scientifiques et dont la postérité a développé le culte, sont inextricablement liés au génie artistique.

Éléments de bibliographie

BERNHEIMER Charles, Decadent Subjects. The idea of Decadence in art, literature, philosophy, culture of the fin-de-siècle in Europe, Baltimore et Londres, The Johns Hopkins University Press, 2002.

CΗΑΒΑΝΕΙΧ, Paul [pseud. Jacques Nervat, Dr], Physiologie cérébrale. Le Subconscient chez les artistes, les savants et les écrivains, Paris, J.–B. Baillière & fils 1897.

GRMEK, M.D., « Histoire des recherches sur les relations entre le génie et la maladie », Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, t.15, n° 1, 1962, p. 51-68.

HEINICH, Nathalie, « La normalisation de l’exception », L’Élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, Paris, Gallimard, 2005, p. 101-127.

MAUCLAIR, Camille, « L’énigme de Greco », La Revue Universelle, 15 mai 1930, p. 411-433.

MAUCLAIR, Camille, « La maladie de Watteau », La Revue de l’art ancien et moderne, juin 1921, p. 99-108.

ZILZEL, E., Le Génie. Histoire d’une notion, de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Minuit, 1993.

Le Génie dans l’art. Anthologie des écrits esthétiques et critiques de Gabriel Séailles, textes réunis par Sarah Linford et Michela Passini, Paris, Éditions Kimé, 2011.