Le mot et l’image dans l’œuvre de Shirin Neshat – Anastasia SIMONIELLO

Les textes comme matière artistique – Jeudi 10 décembre à 18h30 en amphi René Répond (2ème étage)

Anastasia SIMONIELLO, Docteur en histoire de l’art, chargée de cours à l’ICP

Docteur en Histoire de l’art du XXe siècle, Anastasia Simoniello est chargée d’enseignement à l’Institut Catholique de Paris et à l’Ecole Nationale Louis Lumière. Elle poursuit son activité de chercheuse, co-dirigeant actuellement un numéro de la revue histoire@politique sur le thème « Image, éducation et communisme », dans lequel elle publiera également un article.

Résumé de la communication 

S3 - Textes comme matière artistique - Roja, by Shirin Neshat _ Flickr - PhotoConnue pour ses célèbres photographies de femmes voilées aux peaux faussement tatouées de calligraphies, Shirin Neshat est une artiste dont l’attachement aux mots et aux histoires qu’ils engendrent ne s’est jamais démenti. Ayant grandi à Gazvin, province iranienne qui a vu naître d’illustres calligraphes et de grands poètes, Neshat a baigné durant toute son enfance dans un riche univers littéraire qui a très tôt éveillé chez elle une sensibilité poétique, renforcée par la situation politique de son pays : « Je pense que les Iraniens ont un lien profond avec la poésie, […] ils ont connu la censure pendant si longtemps que pour la transgresser il n’y avait guère que la poésie, avec le système métaphorique qu’elle permet. »[1] En tant que photographe et vidéaste, Shirin Neshat se voit elle aussi comme une conteuse d’histoires, qui a parfois donné vie aux récits écrits par d’autres. Ainsi est née la série Women without men inspirée de l’ouvrage éponyme publié en 1989 par Shahrnoush Parsipour, dont l’exploration des pressions religieuses, sociales et sexuelles étouffant les femmes la conduisit dans les geôles iraniennes. Entre 2004 et 2008, Neshat s’est emparée de ce roman aux accents surréalistes pour réaliser une grande fresque composée de vidéos et de photographies, dont chacune est dédiée à l’univers d’une des cinq femmes dépeintes par Parsipour. Tout en tissant des liens avec le reste de sa création artistique, nous axerons notre étude sur les œuvres réalisées autour du personnage de Faezeh, notamment sur la vidéo qui lui est consacrée et que nous projetterons dans son intégralité. Car leur représentativité tout autant que leur singularité font de ces créations une voie privilégiée d’exploration du processus d’appropriation « neshatien » qui est loin d’aboutir à une simple reformulation du donné, comme nous le verrons.

[1] Henri-François Debailleux, « Les Iraniens ont un lien profond avec la poésie », Libération, samedi 15 mars 2008, n°8354, p.28-29.

Éléments de bibliographie

Melissa Chiu et Melissa Ho (sous la dir. de), Shirin Neshat. Facing History [cat. expo.], Washington, Hirschhorn Museum and Sculpture Garden ; Smithsonian Books, 2015.

Shirin Neshat. Written of the Body [cat. expo.], Madrid, La Fàbrica ; Fundación Telefónica, 2013.

Shirin Neshat : images and history, Oxford : Ivorypress, 2012

Shirin Neshat, Women without men [cat. expo.], Athènes, National Museum of Contemporary Art, 2009.

Shirin Neshat, The Last Word [cat. expo.], Milan, Charta ; León, MUSAC, 2006.