Machines à images, machines à rêver – Fleur HOPKINS

L’Illustration au XIXe siècle – Jeudi 12 novembre à 18h30 en amphi René Rémond (2ème étage)

Fleur HOPKINS, Doctorante contractuelle, Université Paris I Panthéon-Sorbonne (ED 441 / EA4100 HiCSA)

Fleur Hopkins est doctorante contractuelle en Histoire de l’Art à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle a étudié les Lettres Modernes ainsi que l’Histoire de l’Art. Son mémoire de Master 1, centré autour de la figure de Matthew Barney, a proposé de renouveler la notion de mythologie individuelle en art contemporain, au contact de la sémiotique et de l’étude des religions. Sa thèse, sous la direction de Pascal Rousseau, mêle une fois encore Arts et
Littérature et propose un état des lieux de la culture visuelle fin-de-siècle. Elle porte sur la récurrence d’instruments optiques, de dispositifs visuels imaginaires et de métaphores scopiques dans les récits d’anticipation scientifique et leur iconographie au XIXème siècle.

Résumé de la communication 

Machines à images, machines à rêver : instruments optiques et renouveau de l’illustration dans l’écrit imaginaire! 

S2 - Illustration XIXe siècle - Fleur Hopkins Cette présentation s’intéresse à la manière dont les machines à images et innovations optiques libèrent l’illustration des récits imaginaires du XIXe siècle, en leur permettant de ne plus seulement accompagner le texte. La lanterne magique, tout particulièrement, a une influence essentielle sur certains des dessinateurs oniriques de l’époque. C’est autant le format maculaire de la vignette que son contenu poétique qui emballent l’imaginaire. Isidore de Grandville, dans Un autre monde (1844) décline sur le principe du « monde à l’envers », autant de trouvailles visuelles : vues aériennes, superpositions zoomorphiques, miroirs déformants, images cinétiques, chronophotographies, personnages composés à partir d’instruments optiques…

Il s’agit pour lui d’affirmer la supériorité créatrice du crayon sur la plume, comme le souligne la reddition du second dans le texte introductif de la Clef des champs : l’illustration précède à présent le texte et excède le format de la vignette. Le voyage dans l’autre monde et le rêve sont deux types d’écrits romantiques qui donnent la part belle à l’image. Antoine-Jean- Baptiste Thomas dans Le rêve, ou les effets du romantisme sur un jeune surnuméraire à l’Arriéré (1829) puise dans le fantascope une mise en récit stéréoscopique où le cauchemar n’est raconté que par l’entremise de l’image. Un autre type de récit imaginaire s’empare de la lanterne mégalographique : il s’agit du récit merveilleux scientifique qui déplace son intrigue dans le futur. Albert Robida, ce « Jules Verne du crayon », invente un « téléphonoscope », une plaque de cristal permettant de voir l’absent ou des retransmissions filmées. Plus encore, la rotondité de l’image projetée métaphorise l’oeil du visionnaire capable d’aller mirer l’avenir comme en une boule de cristal. La surface de la page, devenue miroir magique, se contente d’un texte sommaire : c’est le dessin, comme vision prophétique, qui donne à voir l’avenir.

Éléments de bibliographie

CRARY, Jonathan. Techniques of the Observer : on vision and modernity in the nineteenth century, Cambridge, MIT Press, 1990.

KAENEL, Philippe. « The dream ridiculed : illusion, allusion, parody and the graphic arts »,
Librarium, 2004, pp 185-202.

PESENTI CAMPAGNONI, Donata (dir.). TORTONESE, Paolo (dir.). Les Arts de l’hallucination, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 2001.

LE MEN, Ségolène. « Le Jongleur de Mondes, les dessins pour Un Autre monde de Grandville », reporticle disponible sur koregos.org.