Mettre en image les textes médiévaux – Nathalie PINEAU-FARGE

L’Illustration au XIXe siècle– Jeudi 12 novembre à 18h30 en amphi René Répond (2ème étage)

Nathalie PINEAU-FARGE, Docteur en histoire de l’art, chargée d’enseignement à l’ICP

Nathalie Pineau-Farge est Docteur en histoire de l’art, directrice de recherches (Master) et chargée d’enseignement à l’ICP. Elle a travaillé sur le Moyen Âge tardif, puis sur la perception de la période médiévale par le XIXe siècle, à travers notamment l’histoire du livre et de l’illustration. Elle s’intéresse particulièrement à l’émergence des schémas iconographiques, à leur interprétation, à leur vulgarisation et leur place dans la mémoire collective.

Résumé de la communication 

Les éditions illustrées des Mémoires, de l’Histoire de saint Louis de Joinville et des Chroniques de Froissart. 

S2 - Illustration XIXe siècle - Nathalie Pineau-Farge

Les textes de chroniqueurs médiévaux (notamment Joinville et Froissart) sont redécouverts par le XIXe siècle, durant lequel sont données plusieurs éditions régulièrement vivifiées par la mise au jour de nouveaux manuscrits, par l’évolution des méthodes scientifiques, et par l’adjonction d’une illustration à laquelle a toujours été accordée une attention minutieuse (tant dans sa sélection que dans son traitement).

Si la question de l’illustration de ces ouvrages s’est rapidement posée, elle a longtemps été régie par les directives d’Adolphe-Napoléon Didron qui, dans les années 1830, a proposé qu’à l’édition d’un texte médiéval soient associées des reproductions d’images contemporaines à ce texte (miniatures, sceaux, vitraux…). Dans les éditions des chroniques de Joinville et Froissart, le choix de ces images, dont la nature même garantit le sérieux de l’ouvrage, repose sur une rigoureuse sélection, laquelle semble répondre à une méthode de confrontation des sources très proche de celle appliquée aux textes, offrant donc avec l’établissement de l’écrit une étroite corrélation thématique et méthodologique.

Les illustrations d’interprétation, plus libres, sont aussi présentes dans quelques éditions des chroniqueurs, le plus souvent destinées à la jeunesse. Elles se caractérisent par leur originalité au sein d’un panorama iconographique fixé depuis longtemps (et quelque peu figé) dans l’imaginaire collectif, en le renouvelant. Un exemple de ce procédé s’observe notamment dans l’imagerie liée à saint Louis : à la célèbre et symbolique représentation du roi rendant la justice sous le chêne de Vincennes est préféré le traitement d’anecdotes peu connues qui émaillent le récit de Joinville, et donnent au souverain une dimension plus humaine.

Dans les années 1870, les éditions des chroniqueurs proposent fréquemment des associations iconographique atypiques, alliant images savantes et illustrations d’imagination – catégories habituellement exclusives l’une de l’autre au sein d’un ouvrage. Elles s’avèrent ici complémentaires dans d’un processus d’adaptation au regard du lecteur du XIXe siècle, qui passe de reproductions de miniatures médiévales à des gravures d’interprétation contemporaines sur un même sujet, plus abordable pour lui visuellement (avec une mise en espace plus lisible, par exemple). Cette pratique liée aux images fait alors écho à celle appliquée pour la présentation du texte médiéval, qui repose sur une traduction et une adaptation – une analogie de traitement qui unit étroitement le texte et son illustration.

Éléments de bibliographie

AMALVI (Christian), Le goût du Moyen Age, Paris, 1996

HALF-LANCNER (Laurence), et LE GUAY (Marie-Laetitia), « L’illustration du Livre IV des Chroniques de Froissart : les rapports entre texte et image », in Le Moyen Age, revue d’histoire et de philologie, 1990, t.96, p.93-112

Images de la Guerre de Cent Ans. Actes du colloque de Rouen, 23-25 mai 2000, Paris, 2002

Septième centenaire de la mort de saint Louis. Actes des colloques de Royaumont et de Paris, 21-27 mai 1970, Paris, 1976