Peintre poète : Gustave Moreau et l’art de la parole – Lilie Fauriac

Les textes comme matière artistique – Jeudi 10 décembre à 18h30 en amphi René Répond (2ème étage)

Lilie FAURIAC, Doctorante en histoire de l’art, Université de Paris I Panthéon-Sorbonne

Lilie Fauriac est actuellement en quatrième année de thèse sous la direction de Pierre Wat à Paris I Panthéon-Sorbonne. Ses recherches s’intéressent à la réception et la réinvention du Moyen Age chez les artistes symbolistes de la deuxième moitié du XIXe siècle et plus spécifiquement chez Gustave Moreau.

Elle est par ailleurs chargée de Travaux Dirigés en Licence 3 à Paris I Panthéon-Sorbonne et chargée de Cours Magistraux et de Travaux Dirigés en Licence 1 à l’université de Marne-La-Vallée.

Elle est également collaboratrice scientifique au programme de recherche sur Les critiques d’art francophones des années 1880 à l’Entre-deux-guerres sous la tutelle de Marie Gispert et Catherine Meneux ( LABEX CAP, HiCSA, Centre Georges Pompidou, Ecole nationale des Chartres, Les Arts décoratifs).

Résumé de la communication 

S3 - Textes comme matière artistique - Lilie FauriacGustave Moreau (1826-1898) s’est toujours revendiqué peintre d’histoire. De fait, son rapport au texte est l’essence même de son art. Précisément, Moreau puise son inspiration principale dans sa vaste bibliothèque de près d’un millier d’ouvrages, qui réunit à la fois des sources antiques, médiévales ou contemporaines à l’artiste.

«  Ce serait une excellente chose que de s’échauffer à faire des vers rimés ou non sur un sujet pour s’aider à y entrer avec pour le peindre » suggéra Delacroix qui préconisait l’exercice d’écriture afin de stimuler l’imagination. Gustave Moreau suivit ce conseil, car, plus encore que la lecture de ces textes, l’artiste réalise des choix de certains passages de ses ouvrages afin de les reformuler ou les interpréter. L’artiste, dans les nombreuses notes laissées dans ses carnets personnels ou même sur ses dessins, retranscrit les textes lus, les résume et les réinvente parfois. Celui-ci réalise un véritablement détournement de la peinture d’histoire qui s’explique aisément par le filtre littéraire personnel de l’artiste ; ceci permet de saisir pourquoi l’art de Moreau fut qualifié par l’ensemble de sa génération de symboliste.

La boucle du processus de création semble se clore quand le crayon se substitue au pinceau puisque Gustave Moreau fait le choix de commenter ses propres créations. Explications écrites à sa mère sourde ou textes pour la postérité, Moreau décrit, interprète parfois ses œuvres, rapporte des conversations tenues à son atelier devant ses tableaux. S’il ne se déclare jamais écrivain, de nombreuses notices de ses œuvres deviennent de véritables textes poétiques à la fin de sa vie ; un art engendre un autre, générant l’art total symboliste.

Ainsi cette présente communication souhaiterait interroger le cheminement suivant : l’étude de sa bibliothèque puis l’analyse de ses lectures pour finir sur l’examen de ses commentaires d’œuvres écrits. Ceci permettrait assurément de comprendre le rôle de l’écriture dans la démarche créatrice de l’artiste.

Éléments de bibliographie

Bernard-Griffiths Simone, Glaudes Pierre, Vibert Bertrand, La fabrique du Moyen Age au XIXème siècle : représentations du Moyen âge dans la culture et la littérature françaises du XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 2006.

Cooke Peter, Ecrits sur l’Art par Gustave Moreau, textes établis, présentés et annotés par Peter Cooke, 2 vol., Fontfroide, Bibliothèque artistique et littéraire, 2002.

Cooke Peter, Gustave Moreau et les arts jumeaux. Peinture et littérature au dix-neuvième siècle, Berne, Peter Lang, 2003.

Prungnaud Joëlle, Gothique et décadence, Paris, Honoré Champion Editeur, 1997.

Gustave Moreau 1826-1898, (cat. expo. Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 29 septembre 1998 – 4 janvier 1999 ; Chicago, The Art Institute of Chicago, 13 février – 25 avril 1999 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, 24 mai – 22 août 1999), Paris, 1998.