Un regard amusé sur un peuple indécis – Pauline PIETTRE

L’Illustration au XIXe siècle– Jeudi 12 novembre à 18h30 en amphi René Répond (2ème étage)

Pauline Piettre, Maître de conférences, Institut Catholique de Paris (UR « Religion, Culture et Société » – (EA 7403)

Pauline Piettre est Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Institut catholique de Paris. Spécialiste de l’opinion publique, de l’histoire des représentations et de l’histoire politique, ses recherches et ses publications portent notamment sur les liens et les relations entre la France et la Grande-Bretagne.

Résumé de la communication 

L’installation de la République en France vue par l’hebdomadaire satirique anglais Punch (1870-1879)

S2 - Illustration XIXe siècle - Pauline Piettre

Le croquis de presse, très prisé au XIXe siècle, utilise l’art du dessin pour décrire un fait ou exprimer une opinion et cherche à éclairer d’un trait de plume ce qui serait sans doute plus long à expliquer par écrit. La caricature, et notamment la caricature politique, s’inscrit dans cette logique mais insiste davantage sur les préjugés, les lieux communs et s’amuse à grossir le trait ; aussi, elle nous dit beaucoup sur le sentiment populaire à un moment donné et est en cela un sujet d’histoire.

Dans les années 1870, la presse anglaise connaît quelques titres qui traitent de l’actualité avec une certaine désinvolture et l’hebdomadaire satirique Punch, de tendance libérale, est de ceux-là. La revue, à travers les planches de John Tenniel, croque fréquemment la vie politique française au moment où le régime républicain peine à s’imposer. Les choix et les descriptions de l’illustrateur sont d’autant plus intéressants qu’ils expriment une part de l’opinion publique et qu’ils rappellent, au-delà de l’humour, les stéréotypes entretenus par les Britanniques sur les Français.

Entre la Grande-Bretagne au régime monarchique stable et la France qui se cherche politiquement, une certaine incompréhension demeure. La mise en place de la République en France en septembre 1870 est tout d’abord perçue de l’autre côté de la Manche comme un nouveau soubresaut politique et les difficultés que connaît le régime pour s’installer jusqu’en 1879 sont des sources d’amusement et de critique. Pourtant, au fil des années, les Britanniques comprennent qu’en l’absence d’alternative politique, le système républicain permet à leurs voisins « querelleurs et immatures » de connaître enfin la stabilité politique. C’est cette évolution que le journal Punch montre avec drôlerie mais, souvent, avec beaucoup d’acuité.

Éléments de bibliographie

APPELBAUM Stanley et Kelly Richard Michael, Great Drawings and Illustrations from Punch, 1841-1901, New York, Dover Publications, 1981.

BENSIMON Fabrice, « La culture populaire au Royaume-Uni, 1800-1914. », Revue d’histoire moderne et contemporaine 5/2001 (no48-4bis) , p. 75-91

CHARLOT Monica et Marx Roland, La Société victorienne, Paris, Armand Colin, 1997.

GRONDEUX Jérôme, La France entre en République (1870-1893), Paris, Livre de Poche, 1999.

MAYEUR Jean-Marie, Les Débuts de la IIIe République (1871-1898), Paris, Points, 2014 (rééd.).

PIETTRE Pauline, « Le regard de la presse anglaise sur les pratiques démocratiques et institutionnelles en France aux débuts de la IIIe République », in Dominique Barjot et Lucien Bély (éds.), Mélanges en l’honneur de Jean-Pierre Poussou, Paris, PUPS, 2010, p. 389-400.

RAMOS GAY Ignacio (ed.), ‘Curious about France’ : Visions littéraires victoriennes , Berne, Peter Lang, 2014.